Le fleuve céleste de Guy Gavriel Kay

cvt_le-fleuve-celeste_4367Il y eu les poèmes, les danses, les chevaux célestes. Désormais La Kitaï a perdu son âme. Il ne reste plus que le souffle d’un souvenir, l’écho d’un passé glorieux qui s’est éteint à jamais.« La douzième dynastie kitane, sous son radieux et glorieux empereur, ne gouvernait ni ne définissait plus le monde connu. Plus maintenant. »

Dans les contrées de l’Est, Ren Daiyan rêve de ce passé glorieux où l’on pouvait se battre pour la grandeur de son pays. Mais après la révolte de Li An, 400 ans plus tôt, qui a coûté la vie à des millions de victimes, la noblesse garde en elle la cicatrice brûlante de l’engagement militaire. Désormais l’armée est réservée aux paysans, il n’y aurait que déshonneur pour la famille de celui qui rejoindrait ses rangs. Alors la Kitaï s’enlise dans une guerre qu’elle ne peut gagner. Mais Ren Daiyan est décidé à suivre une autre voie, il veut être celui qui reconquiert les quatorze préfectures perdues de la Kitaï.

Dans un autre temps, un autre lieu, Lin Shan, fait la rencontre du poète en disgrâce Lu Chen. Et bien qu’elle ne fut qu’une femme dans un monde d’hommes, elle illumine ces illustres notables et la cour de son esprit vif, de sa noblesse de cœur, et de son talent pour les poésies en ci. Rappelant la place de la femme dans  cet univers où l’on ne leur en laisse pas, Shan déploie toute son intelligence pour se faire un nom et pour parvenir à se faire entendre. Elle intègre donc la cour, ses confidences et ses jeux d’influences auprès de ministres et de leurs conseillers.

Mais dans ce monde qui ne vit que des souvenirs de son passé, la vie bascule lorsque l’équilibre entre la Kitaï et les peuples de la steppe est bouleversé.

Il n’est pas habituel que Guy Gavriel Kay nous décrive des batailles, et pourtant, c’est bien les combats, lors de l’invasion des Altaï sous le commandement de son chef de guerre Wan’Yen et de son frère Bai’ji, que l’auteur nous conte sous le Fleuve des étoiles.

« Quoi qu’il arrive sur terre parmi les hommes et les femmes – vivants et morts, la gloire ou le bonheur, le chagrin qui vient qui cesse – les étoiles ne changent pas. « 

Dans ce second volet de l’histoire de la Kitane (après Les Chevaux Célestes), Guy Gavriel Kay nous plonge dans cette nouvelle épopée au temps de la dynastie des Song du Nord (Chine, de 1082 à 1135). Reprenant la vie de personnages historiques, il nous conte l’histoire de l’illustre poétesse Li Qingzhao, du commandant Yue fei, ou encore des frères Su Shi et Su Zhe au temps de l’empereur Huizong.

Et à travers la plume de Guy Gavriel Kay, chacun de ces personnages nous parle, nous livrant un peu de son état d’esprit, de ses réflexions, de sa propre philosophie. Nous découvrons en chacun d’eux une profondeur, une histoire qui les a façonné, une aspiration qui les pousse à choisir les voies qui les mènent à leur destinée. Entre réalité et fiction, Guy Gavriel Kay nous rappelle ce que le conteur apporte à l’Histoire des hommes. Il nous offre une vision de ce monde, une histoire de ce qu’elle aurait pu être dans cette période où les hommes sont devenus bien malgré eux des légendes.

Au delà de l’attrait historique, j’ai trouvé à ce roman, un aspect plus sombre que dans les précédents ouvrages de l’auteur. Il y a une tristesse qui annihile tout espoir. La mélancolie d’une déchéance. La Kitaï vit dans le souvenir de ce qu’elle fut, avec les démons d’un passé qui la hante.Et parce que le peuple est résigné par son sort, nous le voyons s’enfoncer dans sa propre perte, courir inéluctablement vers la fin de sa destinée. A travers cette déchéance, GGK nous questionne sur le passé et ses conséquences, nous invitant à réfléchir sur notre vision de l’avenir. Dans sa propre sagesse, il met en perspective les événements historiques, les petites histoires de chacun qui ont une influence sur toute la destinée d’un pays.

Pour ce qui est de ma lecture, j’ai trouvé le début du roman un peu long à se mettre en place. On suit une multitudes de personnages dans leurs réflexions et leur évolution. Et pour parvenir là où il l’entend, GGK nous fait vivre plusieurs sauts temporels, ce qui a été au départ assez déstabilisant. On met du temps à savoir où l’auteur veut nous amener.Mais des lors que nous y parvenons le roman prend toute sa puissance, nous envoute littéralement pour nous faire vivre une majestueuse épopée.

Et c’est toujours avec son écriture douce et poétique que GGK nous envoute en nous incitant à ne jamais vouloir quitter ses mondes. Il y a toujours ce sentiment de vivre un instant dans un autre lieu, dans un autre temps, auprès d’hommes et de femmes que nous apprenons à connaitre et à aimer. Comme à son habitude, il échappe au manichéisme, offrant à chacun de ses personnages un caractère qui lui est propre, et inéluctablement, nous nous y attachons. Guy Gavriel Kay nous amène à développer une empathie pour chacun d’eux et ça marche.

Et c’est avec cette tristesse coutumière que je referme la dernière page, que je quitte ce monde dans lequel j’ai fait un merveilleux voyage.

LineTje

Du même auteur :

Les Chevaux Célestes

Les lions d’Al Rassan

La mosaïque de Sarance

La Tapisserie de Fionavar

Ysabel

Le Dernier Rayon du Soleil

Tigane

Cet article est publié dans le cadre du Challenge Guy Gavriel Kay proposé par Merkillia :

Fiche Technique : Le fleuve céleste de Guy Gavriel Kay; coll. La dentelle du cygne; édition l’Atalante ;  ISBN 9782841727889 ; pages 736 ; prix 29€

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  1. 21 septembre 2015
  2. 22 septembre 2015

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