La Mosaïque de Sarance de Guy Gavriel Kay ou voyage de Sarance à Byzance

Guy Gavriel Kay. L’un de mes auteurs favoris. Il a été mon premier roman de fantasy avec « La tapisserie de Fionavar » (Certains auront remarqué que mon avatar n’est autre qu’une partie de la couverture du premier tome de cette trilogie, je peux vous conseiller l’article d’une amie sur ce livre). Par la suite, j’ai lu plusieurs autres de ces romans : « La chanson d’Arbonne » (Pour un billet sur ce livre c’est ici), Tigane (un article de Gaetan) , etc…. Je les ai tous appréciés retrouvant à chaque fois cette écriture si caractéristique : Guy Gavriel Kay ne nous décrit pas les mondes qu’il créé, il nous les fait vivre. Autrement dit, il ne s’attarde pas à nous expliquer les coutumes de ses peuples. Si nous voulons le découvrir, il nous appartient de bien observer, d’apprendre à les connaître, de vivre avec eux.

Pour ces raisons, les premières pages de ses romans sont parfois difficiles à comprendre. Mais peu à peu, le pays dans lequel nous sommes plongés nous devient familier. Je repense souvent à ces bougies allumées dans « La chanson d’Arbonne » où ce n’est que bien plus tard que nous découvrons la signification de ce geste. On entendrait presque l’auteur nous dire « débrouille-toi et observe mon petit, pour comprendre ces gens qui t’entourent», à la façon d’un vieux sage un peu fou qui voudrait nous transmettre tant de choses. Ses romans sont souvent longs mais toujours captivant. L’auteur nous ballade dans ses mondes avec pour prétexte des histoires originales et sensibles.

La mosaïque de Sarance, ma dernière lecture en date ne déroge pas à ces principales caractéristiques malgré une certaine différence d’ambiance par rapport aux livres précédents.

La ville de Sarance est en pleine ébullition, l’empereur Apius vient de mourir, laissant le trône sans succession. Des troubles éclatent partout dans la ville, il faut désigner un nouvel empereur. Les personnages se mettent en place.  Nous découvrons Gésius, Léontes, Valérius etc.

L’histoire qui nous intéresse se déroule quelques années plus tard, sous le règne d’un nouvel empereur pour succéder à Valérius I : Valérius II qui lui-même avait mis son aïeul sur le trône quelques années auparavant. Historiquement, ce dernier n’est autre que Justinien (527-565), et son prédécesseur, Justin Ier (518-527) à l’époque Byzantine.

A des milliers de kilomètres de là, dans l’ancienne partie occidentale du royaume, Crispin et Martinien, mosaïstes de renom, terminent la décoration de la chapelle dédiée au roi Helric des Antae, à la demande de sa fille et nouvelle reine Gisèle.  Mais bientôt, un messager vient bouleverser leur quotidien. Le nouvel empereur de Sarance Valérius II, trois fois honoré, requiert la présence de Martinien à la grande cité afin de décorer le nouveau sanctuaire qu’il souhaite édifier à la gloire de Jad, le Dieu unique. Trop vieux pour entreprendre un tel voyage, le mosaïste décide d’y envoyer son ancien apprenti et ami Crispin.

Le premier tome retrace ainsi le voyage de Caius Crispus. Avant son départ, sur les conseils de son ami, Crispin rendra visite à un vieil alchimiste qui lui confiera un bien à la fois précieux et surprenant : un oiseau de métal parlant. Seulement accompagné de ce petit objet, le mosaïste se retrouve emporté dans des situations déconcertantes qu’il aurait préféré éviter. Entre tavernes mal famées, rencontre avec l’entre deux-mondes et révélation divine, l’épopée n’est ni dénuée d’intérêt ni de charme. Je ne vous en dis pas plus et vous laisse découvrir ce premier tome qui met en place l’histoire et les personnages.

Avec le second tome, nous rentrons dans le cœur de l’histoire et de la cité. Crispin est arrivé à Sarance. Il va y découvrir une ville complexe, où les factions ont un réel pouvoir. Les factions sont des équipes (les verts et les bleus) qui s’opposent lors des courses de char dans l’hippodrome de la ville. Mais à l’extérieur, les couleurs ne s’estompent pas et les citadins s’identifient selon leur appartenance. Le plus surprenant dans tout cela : tout est vrai ! A ma grande surprise j’ai découvert que dans la ville de Byzance il existait réellement une division entre les bleus et les verts qui s’affrontaient aussi bien dans le majestueux hippodrome (aujourd’hui détruit) que dans la rue. D’ailleurs, les citadins s’identifiaient à une couleur selon leur origine sociale, ainsi, les bleus étaient des commerçant et artisans d’origine modeste et les verts, des gréco-romains issus de familles praticiennes. Surprenant vous ne trouvez pas ?

Au sein du palais la complexité est tout aussi présente. Crispin, qui n’est qu’un artisan va se retrouver au milieu de ces jeux de pouvoirs. Un pion que les puissants vont aimés manipuler et utiliser à leur convenance. Nous découvrons chacun des personnages dans toute leur complexité et dans un réalisme frappant. Ainsi, Justinien, à l’instar de Valérius II étaient effectivement le neveu de Justin I, dit Valérius I, ancien Chef de la garde impériale.  Issu d’une famille modeste, Justinien sera adopté par son oncle pour accéder au trône à sa mort. Il épousera Théodora, renommée Alixana par l’auteur, cette fille d’éleveur d’ours fera ses preuves dans la cité en tant que danseuse et courtisane des bleus. Elle sera la maitresse de Justinien avant de devenir son impératrice quand il accèdera au pouvoir.

Le sanctuaire édifié par Valérius II n’est autre que la Cathédrale Saint Sophie aujourd’hui à Istanbul. Cette merveille architecturale est née de la volonté de l’empereur de reconstruire un temple dédié à la sagesse divine suite à la destruction par le feu de l’ancienne cathédrale. En effet, en Janvier 532, pendant six jours, Byzance s’embrase lors d’émeutes urbaines appelées Sédition Nika. Les bleus et les verts se sont rassemblés pour s’opposer au pouvoir en place. Le bilan sera de 80 000 morts, des rues ravagées et le sanctuaire de Dieu incendié. Kay rapportera cet événement sous le nom de « L’émeute de la victoire » (Nika signifiant victoire en grec). A noter que la réaction de l’empereur et de l’impératrice dans le roman est celle que les personnages historiques auraient eue face à la situation. Afin de laisser sa trace dans ce monde, Justinien et Valérius II ont souhaité rebâtir l’édifice, plus majestueux encore.  Quand aux autres personnages, ma connaissance dans le monde byzantin n’est pas assez poussée pour m’avoir permis de les identifier bien que je ne doute pas un instant de leur réalité. Et pour notre plus grand plaisir Guy Gavriel Kay a sut les manier avec précision .

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(Images Wikipédias. La place de l’hippodrome aujourd’hui – Schéma de Byzance – La Cathédrale Sainte Sophie –  Mosaïque de Justinien – Mosaïque de Théodora)

Ainsi, tout le roman semble nous faire revivre l’histoire de Byzance sous le règne de Justinien. Pour autant, sachez que la fin n’a rien d’historique !

En définitive, réalité et fiction se mélangent avec exactitude pour laisser au lecteur un sentiment de plénitude. Malgré l’existence d’éléments surnaturels et l’absence de référence à notre monde on ressent toute la puissance du monde byzantin se matérialiser sous nos yeux. Les recherches historiques que j’ai pu faire durant ma lecture m’ont révélé toute la grandeur de l’auteur pour avoir su manier avec tant de perfection Histoire et fiction. Un bonheur à ne pas manquer !

A noter, que Kay laisse différents clin d’œil dans son roman : un homme sortis de sa tente pour regarder les étoiles avant de partir seul dans le désert, une femme perdant le seul homme encore capable de s’occuper de son champ, peut être aussi cet ermite parti vivre sur son rocher sa foi en Dieu. Pour ma part, je n’ai pas su reconnaitre leur signification. J’en appelle à tous ceux qui pourront m’éclairer à ce sujet !

Pour le reste, Valérius II peut être fier de lui. Lui qui voulait laisser une trace dans le monde serait heureux de voir, qu’aujourd’hui encore Justinien est connu pour divers chef d’œuvre architecturaux et notamment la basilique Sainte Sophie et son dôme majestueux. Quand à Justinien, il aurait pu être fier de voir sa vie ainsi romancée sous les traits de Valérius II par la merveilleuse plume de Guy Gavriel Kay.

Fiche technique: La mosaïque de Sarance ; Guy Gavriel Kay ; Ed. J’ai Lu ; Collection Fantasy ;

  • Tome I : Le chemin de Sarance, ISBN 2-290-33014 ; Prix : 8,90€
  • Tome II : Le seigneur des empereurs, ISBN 978-2-290-33061-6 ; Prix : 8,90

Lintje

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    • Maêlle Thaemiss
    • 10 mars 2011

    Hum, rien que de lire ta critique du livre, on part déjà pour Byzance et ses merveilles, on imagine les salles feutrées, où tout l’avenir de l’empire est chuchoté… Je te rejoins complètement sur la manière dont on entre dans un livre de Guy Gavriel Kay : il faut de la curiosité ! Soit vous lisez et refusez d’être perdu au début, dans ce cas cet auteur n’est pas pour vous, soit vous êtes curieux et vous vous laissez balloter au fil des pages jusqu’à ce que vous découvriez les différentes peuplades et leurs coutumes, que vous commenciez à comprendre comment ça marche si je puis dire. Vous finirez par croire que ce monde existe… Je crois que nous sommes déjà deux à y croire !
    Une gnomette

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      • Lintje
      • 10 mars 2011

      Effectivement Guy Gavriel Kay a une façon d’écrire bien à lui, c’est ce qui fait toute sa spécificité et son originalité. Et puis si on a eu la curiosité de s’intéresser à son monde on est vraiment envouté par lui. Mais la Mosaïque de Sarance est vraiment à lire, mais je sais que je peux compter sur toi 😉

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  1. Tiens justement je suis en train de découvrir cet auteur avec Les Lions d’Al-Rassan. J’en suis au tout début donc j’attends un peu pour me faire un avis, mais je ressens bien ce que tu dis sur la difficulté de rentrer dans son oeuvre : c’est extrêmement dense, avec plein de personnages aux relations complexes, et on doit prendre le train en cours de route parce qu’il ne ralentit pas!

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      • Lintje
      • 11 mars 2011

      Je trouve que l’image du train que tu prends en cours de route est tout a fait représentative du style de l’auteur. Je n’ai pas encore lu les Lions d’Al Rassan (il attend tranquillement son tour dans ma bibliothèque) mais je ne pense pas qu’il déroge à la règle. Mais ça me ferait plaisir que tu me dises ce que tu en a pensé une fois que tu l’auras terminé!
      En tout cas, bon voyage dans le monde de Kay

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  2. Salut,

    Je ne peux pas t’aider pour les autres, mais lorsque tu écris « A noter, que Kay laisse différents clin d’œil dans son roman : un homme sortis de sa tente pour regarder les étoiles avant de partir seul dans le désert, » Le vieil homme est Ashar ibn Ashar, l’alter-ego du Prophète Mahommet .

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      • Lintje
      • 25 mars 2013

      Merci pour l’info. J’imaginais bien des références religieuses mais je ne m’y connais pas assez pour reconnaitre de qui il s’agit.
      Un mystère de résolu ! Merci

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