Les Lions d’Al-Rassan de Guy Gavriel Kay

Il n’y a de plus beau roman que celui à l’âme poétique, prompt à déverser en vous un torrent de plénitude pour la beauté du monde et de l’humanité. Les Lions d’Al-Rassan est l’un d’eux. Dans un magnifique décore inspiré de l’Espagne et des splendeurs de l’Alhambra, Guy Gavriel Kay nous emmène à la rencontre d’hommes et de femmes avec leur courage, leur loyauté, leur générosité mais aussi leurs doutes et leurs faiblesses. Un roman au cœur des sentiments humains.


« Ce fut juste après midi, peu avant le troisième appel à la prière qu’Ammar ibn Khairan franchit la poterne des Cloches et pénétra dans le palais de l’Al-Fontina, à Silvène, pour s’en aller assassiner le dernier Khalifes d’Al-Rassan ».

Le dernier Khalife est mort. L’équilibre des pouvoirs est bouleversé. Au Sud règne désormais deux rois de confession Asharite : le roi Almalik Ier (à Cartada) et le roi  Badir (à Ragosa). Au nord, en Espéragne, ils sont trois, de religion jaddite : le roi Ramido (en Vallédo), son frère le roi  Sanchez (en Ruendé) et leur oncle, le roi Bremudo (en Jalogne).

Dans cet univers politique, inspiré de la Reconquista espagnole, l’auteur met en scène trois personnages admirablement bien imaginés :

– Jehane fille du plus célèbre médecin de l’Al-Rassan, elle suivra la trace de son père dans sa volonté de venir en aide à autrui. Obligée de quitter la ville suite à un massacre perpétré à Fézana, la jeune femme partira sur la route accompagné de son ami et fidèle serviteur.

– Rodrigo de Belmonte, (inspiré du personnage historique Rodrigo Díaz de Vivar) Le  « Capitaine », le « fléau de l’Al Rassan », le plus talentueux des chefs de guerre. Cet homme à l’allure imposante et au caractère bien trempé est l’un des fleurons de l’Espéragne jaddite. Pour avoir bafoué l’honneur du propre cousin du connétable du roi, il se verra exilé de sa nation.

– Ammar Ibn Khairan. L’homme ayant assassiné le dernier Khalife d’Al-Rassan. Ce personnage complexe, à la fois poète, diplomate ou soldat. L’homme surement le plus connu de l’Al-Rassan après le roi qui se retrouvera au cœur des complots politiques.

Trois personnalités, différentes et complémentaires.Pour notre plus grand plaisir, ils seront amenés à se rencontrer, à partager ensemble un moment de leur vie, entre bonheur et trahison.

Ces personnages représentent aussi trois religions : Les kindaths, adorateurs des lunes, ces errants qui ressemblent étrangement aux juifs, les jaddites, adorateurs de jad, le dieu soleil assimilables aux chrétiens et enfin les Asharites, adorateurs des étoiles et représentants de la religion musulmane. « A quel point trouves tu aisés de songer aux trois personnes qui nous accompagne comme à des infidèles aux habitudes viles et détestées du Seigneur? ». Un message de tolérance nous est livré par ces paroles et tant d’autres. Sans fausse morale ni niaiserie, GGK nous fait partager le cœur des hommes en nous montrant le bon et le mauvais qu’il y a en chacun d’entre nous. Il nous livre les pensées tantôt des uns, tantôt des autres en tentant d’échapper aux standards manichéens. Dans chaque personnage réside des doutes et des craintes qui les mèneront parfois à commettre des actes loin de la bienséance. Mais chaque homme ne reconnait-t-il pas ces actes comme légitimes ?

Au milieu d’une guerre qu’ils n’ont pas voulu, chacun devra faire ses choix pour trouver la place qui est la sienne. Au delà de l’aspect romanesque, G.G. Kay nous pousse à réfléchir sur la loyauté lorsque celle-ci nous entraine à commettre des actes en désaccord avec nos convictions. En s’inspirant de l’Histoire sans y être attaché, l’auteur nous rappelle aussi ce que l’homme a de pire entre fanatisme religieux et haine bestiale pour les cultures que l’on ne connait pas. Nous suivons ainsi les complots politiques qui ont conduit à la reconquête de l’Espagne telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Je ne peux encore une fois qu’admirer sa façon d’écrire qui nous attire et nous tient en haleine. Pour les non-initiés, le début peu paraitre ardu mais lorsque nous sommes plongés dedans il ne reste que le talent et le bonheur de partager ces moments avec les personnages auquel nous nous attachons irrémédiablement. Je dois cependant admettre que les personnages s’en sortent toujours bien et que l’auteur sort certains personnages de situation critiques  de façon parfois déroutante.

Bercé par les eaux de l’Al-Fontina, dans les jardins d’orangers de Ragosa ou sur les coussins colorés de Cartada, l’auteur nous ouvre un monde tel qu’il a du être au temps de la magnificence de la domination maure.

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Quelques photos de l’Alhambra pour vous donner un aperçu du décors dans lequel nous plonge le roman.

Reconnu par les critiques comme l’un des meilleurs romans de Guy Gavriel Kay, les lions d’Al-Rassan est une formidable œuvre littéraire : pour tous ceux qui connaissent et aiment l’auteur comme pour ceux qui veulent le découvrir.

Cet article est publié dans le cadre du Challenge Guy Gavriel Kay proposé par Merkillia :

Fiche technique : Les Lions d’Al-Rassan ; Guy Gavriel Kay ; Ed. L’Atalante ; Collection : La Dentelle du Cygne ; ISBN : 2841720950 ; Prix : 22€71

Lintje

CITRIQ

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  1. Hum, tout ça donne drôlement envie de le lire…

    Il est admirable de voir qu’un auteur talentueux comme GGK prenne la peine de montrer du doigt les faiblesses humaines et ses absurdités, quand bien même cela soit dans un roman de fantasy. Je trouve ça courageux et ça inspire également du respect. La lecture est aussi une manière de faire passer des messages et des valeurs universelles que l’on oublie bien souvent et qu’il est toujours bon de rappeler.

    Je trouve ça original qu’il puise dans l’histoire « vraie » si je puis dire, une trame pour ses romans ! C’est une manière de nous laisser un pied dans la réalité tout en nous emmenant en voyage dans un autre monde magique…

    Tout ça me donne envie de lire !! Vivement les retrouvailles avec mon livre !

    Bien magiquement,

    Ta gnomette

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      • Lintje
      • 28 avril 2011

      Je trouve qu’il sait très bien nous faire réfléchir sur les hommes de façon générale. Il fait vraiment passer des messages dans ses livres et particulièrement dans celui ci. Le coté absence de manichéisme (même si tu t’attaches forcément aux personnages) permet de nous faire réfléchir sur nous même.
      Après pour tout te dire, j’ai lu un certain nombre de critiques où les lecteurs trouvait que l’histoire d’amour était omniprésente. Pour ma part je ne l’ai pas du tout lu comme ça, l’histoire d’amour est une excuse pour traduire des sentiments humains mais rien de plus.
      Quand à l’Histoire il se sert de la fantasy pour pouvoir la détourner comme il le souhaite. C’est encore plus marqué dans la Mosaique de Sarance et je trouve qu’il fait ça très bien (j’attends avec impatience ton avis sur ce livre d’ailleurs).
      La prochaine fois qu’on se voit, je le rajoute dans ta PAL!
      A très bientôt ma gnomette adorée

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  2. Je partage ce que tu dis sur le fait que les personnages s’en sortent toujours bien, et je dois dire que ça m’a un peu dérangé.
    Une très belle lecture cependant, j’en garde un bon souvenir.

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      • Lintje
      • 28 avril 2011

      Oui même si on est très heureux pour eux je trouve que c’est un peu exagéré. C’est vraiment la seule chose que je lui reproche dans ce livre. Il ne veut pas maltraiter ses personnages mais à un point un peu excessif! Je me souviens que dans la tapisserie de Fionavar un personnage est sauvé de façon un peu bizarre aussi. Dans la Chanson d’Arbonne et Tigane on voit qu’il prend soin de ses personnages. Par contre dans la mosaïque de Sarance, pas de sauvetage miracle. Il a peut être évolué avec le temps.
      Mais j’ai beaucoup aimé le livre quand même, c’était un vrai plaisir.

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  3. Pardi, tu as déjà terminé mon challenge!! Félicitations! 😀

    Belle critique, qui donnes bien envie de se plonger dans les Lions d’Al-Rassan!

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      • Lintje
      • 29 avril 2011

      Ton challenge m’a donné envie de me précipiter sur un GGK, du coup je l’ai terminé. Mais j’hésite à modifier et à me lancer dans le niveau 6. Le souci est que j’ai déjà lu Tigane, La chanson d’Arbonne et La tapisserie de Fionavar mais ma mémoire n’est pas assez développée pour que j’en fasse une critique.
      Par contre, j’ai reçu Ysabel en direct du Québec et je vais m’attaquer dans quelque temps au dernier rayon du soleil. Donc je te ferais part de ces critiques pour ton challenge!
      En tout cas merci pour le compliment et merci d’avoir mis en place ce challenge!

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  4. Allez lance-toi !!! Au point où tu en es, il ne te reste pas beaucoup de livres à dévorer… Il est vrai que pour la Tapisserie de Fionavar ça peut être l’occasion de les relire… Pour les autres, je suis sûre que tu arriverais à en faire une critique !

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      • Lintje
      • 17 mai 2011

      Dans la mesure où c’est un challenge illimité, je crois que je vais me lancer… et toi tu ne veux pas tenter le niveau 6 dans la mesure où tu en a déjà lu plusieurs et que tu vas surement lire les autres!

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