Retour à Yirminadingrad…

Yirminadingrad existe toujours… Ça aurait pu être le titre de ce recueil (si les auteurs étaient « simples »). Voici tout le propos du livre : 21 nouvelles (les compères habituels auxquels s’ajoute le très bon Laurent Kloetzer ont encore joué avec les chiffres apparemment) racontant l’histoire après Yirminadingrad.

Troisième recueil se passant dans l’univers de Yirminadingrad (après Yama Loka Terminus et Bara Yogoï), et comme le deuxième les auteurs ont décidés d’innover. De ne pas se contenter de rajouter des récits pour explorer une nouvelle partie de la ville. Non la cartographie ne les intéresse pas vraiment. Tadjélé c’est Yirminadingrad sans Yirminadingrad.Tadjélé - henry, mucchielli, perger, kloetzer

Parce qu’il s’est passé quelque chose. Parce que la ville a disparu, parce que la ville est toujours là, parce que la ville plane, parce que la force de la ville est présente quelque part, parce que son âme n’a pas disparu, parce qu’on entend encore son nom murmuré dans le vent…

Parlant de Yirminadingrad en parlant toujours d’ailleurs, voici tout le projet des auteurs dans ce recueil. Encore un défi décidément. Et un défi relevé et réussi haut la main. Tadjélé, raconte 21 histoires différentes, mais 21 fois parle de cette ville mythique, parle de son aura, parce de son échec, parle de son ombre. Racontant des récits tout aussi différents les uns que les autres (avec très peu de récits abscons ! Merci les gars ! Vraiment), le livre se dévore totalement. Chaque récit est une autre facette de cette ville, un autre moyen de la montrer sans la dévoiler. Des personnages totalement différents à chaque fois, qui peuvent revenir ou non au fil des textes, on retrouve par contre la même ambiance, la même moiteur. Une ambiance noire, lourde, mais plus diffuse que dans les précédents livres. Après tout Yirminadingrad a disparu. Yirminadingrad n’a même officiellement jamais existé. Mais alors pourquoi ressentons-nous comme une présence ?

Si certains textes ressortent plus que les autres, si leurs forces et leur histoire nous entraînent plus (si on ne doit en parler que d’un alors, parlons du dernier texte : « les mauvais jours finiront »), aucun n’est gratuit, aucun n’est inutile et ils ont tous une très grande force, une très forte présence. C’est un ensemble. Mais après tout, Yama Loka Terminus, Bara Yogoï et Tadjélé sont aussi un seul ensemble…

Bien sûr, je n’ai pas tout compris, je n’ai pas vu tous les jeux, tous les défis des auteurs, tous les essais qu’ils ont effectués. Les textes sur Yirminadingrad sont difficiles (impossible ?) à se dévoiler totalement, mais ça n’enlève rien à leur qualité. Même sans toutes les références ce sont de très bons textes. Et pourquoi pas s’amuser un jour à les relire pour essayer de trouver ces références, pour comprendre la position de ce mot, de ce symbole. Rien n’est gratuit ici, mais peu est donné. Au lecteur de chercher (comme faire attention aux détails… Yirminadingrad, Irminadingrad…)

Pour autant, et notamment pour les lecteurs ne connaissant pas l’univers, il n’y a rien à craindre. Ces textes sont lisibles. Hautement lisibles même. Certes, certains sont plus difficiles que d’autres, mais rien d’insurmontable, et c’est surtout un grand plaisir de lecture. À noter aussi qu’il n’est pas forcément nécessaire de lire les autres recueils avant celui-ci. Certaines références, certaines compréhensions vont forcément manquer, mais la plupart des textes se suffisent à eux-mêmes. Pour connaître le lien avec le reste, il ne te restera plus, lecteur novice, qu’à acheter les autres.

À noter que les dessins de Stéphane Perger sont encore une fois d’une grande finesse et parfaitement dans l’ambiance (folle, torturée, triste, décomposée, inévitable, catastrophique, humaine) des textes.

Récit post-apo, histoires apo, description d’une autre forme de réalité, uchronie, texte réaliste, etc. les textes sur Yirminadingrad se moquent des genres et c’est tant mieux. Récit poétique noir, essai narratif conceptuel, amusement d’une bande de copains, c’est aussi tout ça.

Si je devais les comparer, je dirais que Tadjélé est le meilleur des trois recueils… mais il n’est rien sans les autres, comme les autres ne sont rien sans lui… Bravo aux auteurs…

Ma conclusion ?

o Vous avez aimé les précédents : lisez-le !

o Vous ne connaissez pas les précédents : lisez-le !

o Vous n’aimez pas : allez acheter du Marc Levy…

Je ne peux pas finir cette recension sans une pensée pour Jacques Mucchielli, parti trop tôt, enlevé trop injustement. Merci à toi pour ces textes et pour le plaisir qu’ils m’ont apportés.

Fiche technique :

Tadjélé ; Léo Henry, Jacques Mucchielli, Laurent Kloetzer, Stéphane Perger ; ed. Dystopia Workshop ; 20€ ; 350 pages.

Publicités
  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :