Une histoire populaire de l’empire américain par Howard Zinn ou comment voir l’histoire américaine autrement…

Adaptation de son essai Une histoire populaire des États-unis – de 1492 à nos jours, cette BD d’Howard Zinn reprend toute l’histoire américaine des dernières décennies en se focalisant sur les vaincus, les victimes, le peuple en somme, plutôt que sur les vainqueurs.

« Nous pouvons tous éprouver une abominable colère contre ceux qui, selon l’idée démente que cela servira aidera leur cause, ont tué des milliers de personnes innocentes. Mais que devons nous faire de cette colère ? Pouvons-nous réagir avec panique, frapper violemment et aveuglément pour montrer à quel point nous sommes durs ? » p.16

C’est par ce questionnement sur l’attitude à adopter après le 11 septembre qu’Howard Zinn démarre son ouvrage. À partir de là, il simule une conférence anti-guerre en Irak où il étudie toute l’histoire américaine des 130 dernières années, du massacre de Wounded Knee qui marqua la fin des guerres indiennes, à nos jours.

Ce livre pourrait s’apparenter à un essai à charge contre les États-unis, à voir son nom : histoire populaire de l’empire américain, ou encore la personnalité de l’auteur : considéré outre-Atlantique comme un « gauchiste » radical. Cependant Zinn, ne fait que mettre en avant certaines périodes troubles de son pays. À aucun moment, il ne tombe dans l’anti-américanisme primaire. Ici pas d’opposition ou de critique par plaisir, mais du vécu, du ressenti. On sent la tristesse de l’auteur au regard de certains actes qu’il a d’ailleurs parfois vécu. Ainsi, au milieu de cette étude, l’auteur raconte aussi sa propre histoire : son éducation dans un quartier populaire (« quel enfant qui est aimé sait qu’il est pauvre ? » p.122), son engagement pendant la seconde guerre mondiale (et son action dans le bombardement de Royan – premier bombardement au napalm), son combat contre la ségrégation et pour les droits civils (« les étudiants qui prennent part à des troubles civils doivent s’attendre à êtres blessés ou tués » – déclaration d’un juge après  le tir de barrage de policiers sur une université. p.196), etc.

Le ressenti de lecture provient aussi du format : l’ouvrage se présente comme une conférence en forme de BD en noir et blanc (des dessins sans fioritures de Micke Konopacki) ponctué d’images d’archives. On a l’impression de regarder un documentaire sans bande-son, et l’effet n’en ait que plus réussi.

Bien sur l’auteur a dû faire des choix dans l’étude de l’interventionnisme américain, ne serait-ce déjà qu’en décidant de commencer l’ouvrage en 1890, le résultat donne déjà 288 pages très condensées. Difficile de faire plus.

Zinn, parle donc de l’intérêt pas toujours avouable à une intervention extérieure : notamment le pouvoir de l’argent, mais aussi des massacres au nom de la « démocratie ». Une grande partie de l’ouvrage se concentre en outre sur les conséquences à l’intérieur même du pays : militants pacifistes emprisonnés, grèves ouvrières réprimées dans le sang, etc. Ce qui est intéressant ici, c’est l’étude de faits pas ou peu connus des lecteurs : la tentative d’autonomisation d’indiens sur le cimetière de Wounded Knee, la répression parfois très violente des mouvements pacifistes pendant les guerres,… Au milieu, on revoit certains faits plus connus : le financement des contrats au Nicaragua, collusion avec l’Arabie Saoudite, etc.

En fait, Howard Zinn critique le système en son entier pour mieux espérer en réchapper.

En effet, après 250 pages d’évènements tragiques, le narrateur ne désespère pas son lecteur puisqu’il arrive à terminer sur une note optimiste: « avoir de l’espoir dans les mauvais périodes n’est pas juste romantique. C’est fondé sur le fait que l’histoire humaine n’est pas seulement une histoire de cruauté, mais aussi de compassion, de sacrifice, de courage et de bienveillance. »p. 275

Ainsi, comme chaque pays, les États-unis ont leur coté sombre. Howard Zinn a choisi de mettre son pays en face de ses contradictions dans un ouvrage salutaire et très facile à lire. L’adaptation faite par Paul Buhle est ainsi très réussi, et les dessins de M. Konopacki sont parfaitement adapté à l’ouvrage.

Je ne peux que le conseiller.

Fiche Technique :

Auteurs : Howard Zinn, Micke Konopacki, Paul Buhle

Titre : Une histoire populaire de l’empire américain

Editeur : Vertige graphic

ISBN : 978-2-84999-076-6
CITRIQ

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    • Sylvain
    • 21 février 2010

    Une BD que je ne peux aussi que conseiller, néanmoins on peut regretter que certains éléments ne soient pas assez développé (par exemple les sandinistes), même si cela a permis d’en faire un ouvrage accessible au plus grand nombre, qui tout en restant imposant pour une BD permet de toucher un public qui serait désintéressée par le format essai. Il faudrait néanmoins voir si ces « manques » sont du fait de Zinn ou de l’adaptation BD.

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