Les Magiciens de Lev Grossman ; un Harry Potter pour adulte
Frère jumeau d’Austin Grossman, Lev présente chez l’Atalante un livre à la fois référentiel et intéressant. Il pastiche en bonifiant plusieurs classiques (ou amenés à l’être) de la fantasy.

Quentin est un jeu homme surdoué. Intelligent, travailleur, passionné par les études, il a devant lui un avenir certain grâce à son entrée dans des universités aussi sélectives qu’Harvard. Mais il reste aussi un adolescent mal dans sa peau. Considéré comme l’éternel « copain », il demeure le faire-valoir de garçons plus brillants et surtout plus sûrs d’eux. Tout bascule le jour où il réussit un entretien des plus étranges dans un lieu tout aussi inhabituel : l’école de magie de Brakebills. La révélation a lieu pour Quentin : la magie existe, donc la vie ne peut être aussi triste qu’il lui paraissait. Après ses études, il deviendra un vrai magicien et le monde s’ouvrira à lui dans ce qu’il a de plus beau !
Ça vous fait penser à un autre livre ? À un autre garçon « pas comme les autres » ? C’est normal, l’héritage du jeune sorcier de Poudlard est revendiqué. Lev Grossman reprend la même idée que J.K. Rowling mais part du postulat que son récit est fait pour les adultes. Donc ici pas de niaiserie gentillette, pas de petites histoires d’amour qui finissent bien, pas de héros en somme, mais des adolescents faisant face à des problèmes « communs » : les liens d’amitié, l’attirance voire l’orientation sexuelle, la question de l’avenir professionnel, l’alcool, la drogue, la vie quoi.
Cela amène l’auteur à développer son roman beaucoup plus rapidement que son « modèle » (un seul tome pour quatre ans d’études au lieu de sept pour sept ans), mais, du même coup, il lui reste 250 pages pour imiter (voire singer) un autre classique du genre : Les Chroniques de Narnia de C.S. Lewis.
Jamais nommées comme telles, on les reconnaît facilement sous l’appellation des « Chroniques de Fillory » d’un certain Christopher Plover. En référence à elles, le romancier conçoit une véritable intrigue qui, sans briller par son originalité, s’avère d’une certaine intelligence et une bonne surprise.
En revanche, pour « l’intrigue haletante » (dixit le quatrième de couv’), on repassera. Certes celle-ci est d’une relative complexité, fluide et surtout surprenante sur sa fin, mais le récit reste essentiellement descriptif, axé sur son aspect réaliste. Ce n’est pas parce qu’on est magicien qu’on peut créer des boules de feu ou faire léviter une grenouille, que l’on n’est pas parfois déprimé par le sentiment de vide ou par des crises amoureuses. Et si J.K. Rowling ou C.S. Lewis ne passaient pas sous silence ces moments, force est de reconnaître que Lev Grossman les développe davantage et surtout de manière plus crédible (même si la différence de public entre les trois œuvres en constitue la raison principale). Ainsi, au-delà des clins d’œil amusants dont l’abus aurait pu lasser le lecteur assez rapidement, l’auteur démontre qu’il réussit à dépasser cette volonté référentielle pour quitter les sentiers battus et parcourir son propre chemin.
Dans l’ensemble, sans être d’un génie absolu, ce livre reste de bonne facture. Les références incessantes aux classiques du genre sont à mettre en perspective avec la volonté évidente de se servir de ce terreau pour créer une œuvre personnelle, qui désenchante la magie pour ceux qui ne croient plus aux contes de fées. Ce roman éminemment plus adulte et plus terre-à-terre que ses modèles ravira les lecteurs de fantasy et séduira en premier lieu les parents des amateurs du magicien de Poudlard.
Fiche technique :
Lev Grossman, Les Magiciens ; ed. L’Atalante ; coll. La dentelle du cygne ; ISBN : 978-2-84172-511-3 ; Prix : 23,50€
Gaëtan

Je reste tiède malgré ta chronique très sympathique. Je ne connais pas et n’ai pas envie de connaitre Narnia, je raterai sans doute pas mal de clins d’oeil ou coups de pied en vache.
Et surtout il y a trop de livres qui sont parus dernièrement sur ma liste d’achat, plus de sous…
Narnia ce n’est pas une lecture que je conseille. Je l’ai lu mais ça a été une épreuve : lente, inintéressant, lourd, bref il ne me reste pas forcément de bons souvenirs (je n’aime pas arrêter un livre, même s’il est mauvais).
Après, le livre ne joue pas non plus que sur les clins d’œil, il propose plutôt une autre vision de la magie et des magiciens. “Tout n’est pas forcément beau”, voilà le message.
Mais je te rejoins sur ta dernière réflexion : la rentrée littéraire est pleine de surprise, donc il faut trier ses achats…